Gestion de l’eau : le grand défi du monde agricole

Plus gros consommateur d’eau douce dans le monde, le secteur agricole est aujourd’hui dans une situation délicate. Alors que le changement climatique influe sur la disponibilité de la ressource, l’agriculture se retrouve à la fois dépendante de cet or bleu et responsable de sa dégradation.

Afin de préserver l’environnement en même temps que le futur de leur activité, les agriculteurs mettent donc en place un certain nombre de stratégies d’amélioration de leur gestion de l’eau.

L’eau est au cœur des enjeux du développement durable. Son existence et les services qu’elle rend contribuent aussi bien à la réduction de la pauvreté, à la croissance économique, à la protection de l’environnement, à la santé humaine qu’à la sécurité énergétique. Mais cette ressource est largement menacée. Aujourd’hui, près de 4 milliards de personnes sont confrontées à de graves pénuries d’eau chaque année et 700 enfants de moins de cinq ans meurent quotidiennement de maladies causées par de l’eau insalubre ou le manque d’assainissement. Or l’agriculture représente l’un des leviers direct pour améliorer la situation.

L’irrigation, élément indispensable controversé

Entre 1900 et 1975, la consommation mondiale d’eau par le secteur agricole a été multipliée par six, d’abord pour répondre au besoin d’irriguer les terres en complément des systèmes pluviaux.

L’eau permet en effet d’augmenter les rendements, d’améliorer la qualité des produits ou encore d’allonger la durée de la saison agricole.

Aujourd’hui, 70% de l’utilisation de l’eau dans le monde concerne ainsi l’irrigation agricole (20% est liée à l’industrie et 10% à l’utilisation domestique)… causant plusieurs problèmes.

D’une part, le pompage intensif des eaux souterraines assèche les aquifères, c’est-à-dire les terrains poreux qui retiennent et font circuler l’eau dans le sol. D’autre part, l’efficacité des systèmes d’irrigation est contestable : l’irrigation par aspersion, technique la plus utilisée en France par exemple, serait efficiente à seulement 75%, voire même 60% en cas de mauvais réglage ou entretien. Un gâchis de la ressource difficile à supporter qui mobilise un secteur agricole cherchant précisément être à la hauteur des défis sociaux et environnementaux.

Entre technologies de pointe et règles de bon sens

XXIe siècle oblige, des solutions technologiques s’imposent progressivement avec pour objectif d’améliorer l’application et le pilotage de l’irrigation. Car les méthodes standard et sensibles au vent aboutissent en effet à une hétérogénéité intra-parcellaire des apports qui incite souvent les agriculteurs à augmenter l’aspersion.

Les derniers matériels dits « hydro-économes » recherchent donc la précision dans leur manière d’irriguer.

Ils permettent ainsi de diminuer la consommation d’eau et de réaliser des économies. Parmi eux, on compte des robots capables de réaliser des micro-aspersions, des appareils de goutte-à-goutte, des pivots et autres rampes qui répartissent mieux et plus équitablement l’eau sur les parcelles. Des choix tactiques sont associés à ces outils, comme par exemple la fréquence d’irrigation, les dates de démarrage après une pluie, etc.

D’autres matériels existent pour les élevages, comme des abreuvoirs conçus pour éviter le gaspillage d’eau et l’épandage. D’une manière générale, le matériel doit être régulièrement inspecté afin de vérifier qu’il ne présente aucune fuite. Si c’est le cas, alors la fuite doit être réparée au plus vite. Ces solutions de bon sens sont nombreuses : récupérer l’eau de pluie en reliant les gouttières des bâtiments à des réservoirs ; dans les fermes laitières, recycler l’eau utilisée pour le pré-refroidissement du lait en eau d’abreuvement des bêtes ; nettoyer les machines à haute plutôt qu’à basse pression, etc.

L’agroforesterie, futur d’une agriculture durable ?

Les gestes appartenant au registre agroforestier sont une autre illustration de l’évolution des pratiques.

Ceux-ci permettent de limiter les pollutions mais aussi de préserver la ressource : l’usage raisonné des produits phytosanitaires, le choix précis de dates et de densité de semis pour achever un cycle cultural avant l’apparition d’une sécheresse, etc. Faire le choix d’un type d’élevage ou d’une culture tolérante à la contrainte hydrique fait en effet partie des solutions intéressantes. Alors que les volailles consomment moins d’un litre d’eau par jour, les chevaux ou les bovins en consomment plusieurs dizaines. Produire 1kg de blé exige 1 000 litres d’eau quand produire 1 kg de bœuf tourne autour de 15 000 litres.

 

Autre technique agroforestière pertinente : planter des bandes enherbées et/ou des arbres qui piègent la pollution grâce au principe de la photosynthèse (les végétaux captent le CO2 et rejettent de l’oxygène). En creusant en profondeur sous les cultures, les racines des arbres ou de certains végétaux vont en outre retenir l’eau pluviale, structurer le sol, faciliter la circulation de l’eau et même capter une partie des résidus de produits phytosanitaires, épurant par là-même les sols et limitant la pollution de l’eau des rivières. En protégeant les parcelles du vent, les arbres vont enfin circonscrire l’évapotranspiration des cultures et améliorer localement la capacité de stockage de l’eau.

Les régions du monde soumises à un stress hydrique sont chaque année plus nombreuses. Entre les graves sécheresses, les inondations, les tempêtes tropicales et la multiplication des activités polluantes, les agriculteurs doivent relever le défi de l’eau. Ils s’y attèlent car c’est la clé du dynamisme de leur activité… mais aussi de sa survie.