Les entreprises se mobilisent contre le plastique

Alors que 80% du plastique produit depuis les années 1950 n’a jamais été ni recyclé ni détruit, les entreprises sont pointées du doigt. Leur responsabilité  ? En premier lieu un suremballage qui contribue très largement au problème environnemental. Pour lutter contre la pollution plastique, les entreprises sont donc de plus en plus nombreuses à prendre des engagements. Zoom sur une tendance qui réunit un nombre croissant d’acteurs au niveau mondial.

Le plastique est partout. Utilisé par les industries dès les années 1950, le plastique a très vite répondu à de nombreux usages, devenant incontournable pour son coût, son imputrescibilité, sa résistance aux chocs comme aux variations de température.

En 75 ans, les humains ont ainsi généré 8, 3 milliards de tonnes de matières plastiques, dont seulement 9% ont été recyclés.

(12% incinérés et 79% stockés ou rejetés dans la nature). Outre son impact considérable sur la santé des animaux marins et l’équilibre des écosystèmes, la production et l’incinération de plastique a entraîné l’émission de 850 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2019. Or sa production est en constante évolution. En 2004, 225 millions de tonnes de plastique étaient produites. En 2016, ce nombre a atteint 335 millions de tonnes (dont environ 58 millions en Europe), soit 10, 1 tonnes produites chaque seconde.

Les secteurs agroalimentaires et textiles montrés du doigt

En 2018, la coalition d’associations et ONG Break Free From Plastic publiait un rapport listant les entreprises jugées responsables de la pollution plastique au niveau mondial.  Après 230 opérations de ramassage de déchets menées dans 42 pays, c’est le secteur agroalimentaire qui s’est trouvé en haut du triste palmarès. En Europe, trois géants de l’industrie (Coca-Cola, Pepsi Co, Nestlé) représentaient à eux seuls près de 45% des déchets identifiés. Mais il y en a d’autres. L’industrie textile est également visée. Les fibres textiles contiennent en effet des microplastiques, contenus dans le polyester ou les polymères acryliques. Au moment du lavage des vêtements, ces particules sont rejetées dans les océans et mettent des dizaines d’années à se dégrader. Elles représentent d’ailleurs la principale source de pollution des océans, avant même les sacs plastiques. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), le lavage serait ainsi responsable de 35% des microplastiques présents dans les océans.

Des produits plus souvent recyclables et biodégradables

Conscientes de leur impact, de plus en plus d’entreprises se mobilisent.

Des distributeurs mettent en place des rayons d’achat en vrac dans leurs magasins. De nombreux industriels font par ailleurs évoluer leurs emballages.

Le groupe Pepsi Co s’engage ainsi à rendre 100% de ses emballages recyclables, compostables ou biodégradables d’ici 2025. Dans cette même logique, en France, plusieurs industriels de la grande consommation, distributeurs et associations ont signé en févier 2019 un pacte national dans lequel ils s’engagent à ce que 60% de leurs emballages soient recyclés d’ici 2022 (contre 26% actuellement) et que 100% soient recyclables, réutilisables ou compostables en 2025.

D’autres proposent des modèles de fabrication alternatifs, à l’image de l’équipementier Adidas, qui s’est associé dès 2016 avec l’organisme Parly for the Oceans. Ensemble, ils ont créé une chaîne d’approvisionnement sur un modèle durable. La marque a en effet produit une gamme de chaussures intitulée UltraBoost fabriquée à partir de plastique récupéré dans les océans. Chaque chaussure a exigé la fibre de 11 bouteilles de plastique, composant 95% des matériaux utilisés. Plus d’un million de paires ont été vendues en 2017.

Bioplastiques et autres alternatives, de vraies solutions ?

Mais attention aux effets d’annonce. Si les emballages carton et papier, les plus utilisés après le plastique, pourraient bientôt remplacer 1, 5 million de tonnes de plastique en Europe, une étude du Bureau européen des consommateurs (Beuc) rappelait toutefois que ceux-ci contiennent des substances toxiques – des encres – pouvant avoir un impact sur la santé. Idem en ce qui concerne les nouvelles générations de plastiques, appelées « bioplastiques », fabriqués à partir de composants naturels (plastiques biosourcés) et des matières biodégradables. Si les végétaux utilisés sont produits en monoculture et à grande échelle, alors les impacts environnementaux des emballages resteront très importants. Par ailleurs, la question des filières de recyclage adaptées reste prédominante. Selon Break Free From Plastic, seul un tiers des bouteilles recyclables PET (polyéthylène téréphtalate) serait recyclé. Cette activité représente en outre une dépense d’énergie et de matière.

Repenser l’utilisation et la chaîne de production dans son ensemble

La diminution rapide du recours au plastique est essentielle, mais d’autres solutions à long terme doivent être trouvées.

Les entreprises le savent et plusieurs constituent des coalitions afin d’identifier des alternatives viables et durables à l’utilisation du plastique. Lancée en janvier 2019, l’Alliance to End Plastic Waste réunit une trentaine d’entreprises mondiales qui s’engagent à verser plus d’un milliard de dollars d’ici cinq ans pour déployer des solutions de réduction et de gestion des déchets plastiques et promouvoir le recyclage. Parmi ses projets concrets, l’Alliance annonce le soutien à la conception de systèmes de gestion des déchets dans les grandes zones urbaines dépourvues d’infrastructures, la formation des responsables publics, le développement des technologies, des modèles économiques et des entrepreneurs luttant contre la propagation des déchets plastiques dans les océans, etc.

Ce choix de la coalition, c’est également celui de la Fondation Ellen MacArthur, dont l’initiative « la Nouvelle Économie des Plastiques » encourage la mise en place d’une économie circulaire des plastiques. L’objectif : sortir du triptyque « Extraire, Fabriquer, Jeter ». L’idée consiste à impliquer responsables politiques, institutions internationales mais aussi le maximum d’entreprises pour opérer un nettoyage de la nature à court terme et, à plus long terme, un changement de production et d’utilisation des plastiques. Le bon déchet étant celui qu’on ne produit pas, c’est finalement de cela dont il s’agit.